DÉMÉNAGEMENTS


Un déménagement est très certainement un de ces moments de vie des plus propices au désencombrement.

La première fois que j’ai dû trancher réellement dans le vif de mes possessions, j’étais mariée et mère de deux enfants. Nous devions alors quitter une grande maison avec jardin, à la campagne, pour un petit T3 dans une ville moyenne de Province.

Déménager !

Avant cela, je n’avais jamais eu réellement à choisir, à trier, car je n’avais jamais vraiment possédé beaucoup d’objets.

Mon enfance a été très « minimaliste », voire ascétique (dans une ferme, sans eau chaude, sans chauffage, sans toilettes…), mon adolescence fut, elle aussi, plutôt simple, partagée entre petit appartement dans un quartier de Paris dit « populaire » et un pensionnat de religieuses en banlieue.

Ma vie de jeune adulte, est restée longtemps modeste, le temps nécessaire pour obtenir enfin un « vrai » salaire.

Bref, au fil des ans, de mes ressources et des opportunités, après la chambre de bonne parisienne, le T2, puis le T3 banlieusard, voici venir cette grande grande si grande maison de campagne, maison où ont grandi mes enfants, notre « maison de famille ». Nous y sommes restés plus de 10 ans. Dix années d’accumulation incroyable!

Mutation, nouvelle chance, enfants qui grandissent : un peu de tout ça…nous avons quitté la si grande maison. Je pense qu’en préparant ce gros déménagement (qui allait tourner une page définitive sur un pan de ma vie) j’ai commencé à comprendre certaines choses…en tout cas, ma machine à « pourquoi » s’est mise lentement en marche.

Pourquoi tous ces Tupperware, ces gaufriers-sauciers … cette collection de canards, ces huit services de verres, pourquoi cette accumulation d’objets ? Tous ces livres, ces cadres, ces magazines, cette brocante…pourquoi ?

Des meubles de campagne imposants, des outils de jardin, des congélateurs-coffre et autre tondeuse… tout, hormis quelques meubles légers et nos affaires personnelles, tout a été donné.

Au moins 70 % de ce que l’on avait acquis par notre travail disparaissait soudainement.

Le T3 n’a été qu’un passage et bientôt une autre maison, beaucoup moins vaste, sans jardin, en ville. J’ai alors recommencé à succomber aux sirènes de la consommation, toute conditionnée que j’étais alors par la publicité qui devenait progressivement de plus en plus manipulatrice. Et cette nouvelle maison s’est, elle aussi, remplie d’un tas d’objets qui ne me procuraient, pour la plupart, que le plaisir furtif de l’achat. Je restais dans la croyance que c’était le chemin à prendre pour trouver le bonheur, c’est la télévision qui le disait, les magazines, les affiches, mon conjoint et avec eux la société toute entière, ça ne pouvait donc qu’être vrai… Alors pourquoi n’étais-je pas heureuse ?

Puis il a fallu à nouveau partir, cette fois-ci seule.

Un studio d’étudiant et deux garde-meubles plus tard, je traîne alors mes possessions comme des boulets. Un, deux, trois, quatre autres déménagements : je me déleste peu à peu, c’est de plus en plus facile de choisir, d’exclure… je me sens incroyablement « délivrée » de ce je-ne-sais-quoi qui m’empêchait de respirer.

Depuis, dans un petit appartement à ma mesure, je continue de sortir de ma vie ce qui n’a, de toute évidence, rien à y faire et je m’efforce de n’y laisser entrer que ce qui me procurera cette joie, difficile à décrire, d’accueillir ce nouvel objet longtemps désiré, pensé, à la fois utile et beau, dont je prendrai soin et qui m’accompagnera très longtemps : un essentiel pour lequel je ne confondrais plus la valeur et le prix.